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Chemin de Traverse (Olive / Helmo)
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Personnages : Olive et Helmo

Genre : Fantasy / Steampunk

 

Résumé : Helmo et Olive traversent la zone frontalière pour rejoindre un complice de la Résistance, en zone libre.

 

Défi Facebook #2

 

Cette scène fait suite à « Même Combat ». Toujours dans ce monde parallèle au notre, à tendance fantasy/steampunk, dans un contexte de seconde guerre mondiale.

Je n’ai pas du tout élaboré de plan, et de fiches personnages avant de me lancer dans ce que j’appellerais « Les Aventures d’Olive et Helmo », donc mes excuses pour les éventuelles (minuscules) incohérences que vous pourriez trouver entre les deux histoires.

À part ça, elles peuvent être lues indépendamment l’une de l’autre, sans gros problème de compréhension.

 

Je remercie Sylvie, Sonia, Karine, Annick, Niflette, Cathy, Carole, Eric, Carine et Chris pour cette liste de mots imposés :

Asperges / Anticonstitutionnellement / Calamité / Veisalgie* / Corrosion / Turlupiner / Cordialement / Pénurie / Cocotiers / Irlandais

 

 

 

Chemin de Traverse

 

Elle sautillait, de traverse en traverse, sur le côté gauche de la voie ferrée. De temps en temps marchait en équilibre sur le rail.

De part et d’autre du serpentin, le chemin s’abaissait pour faire place à des remparts de fourrés. Au-delà s’étendait la forêt, sur des kilomètres carrés. Ils étaient cernés. Sur certaines portions, la végétation formait comme un tunnel naturel au-dessus de la voie.

La résistance ayant fait sauter un pont plus loin en zone libre, aucun train n’y circulait plus depuis bientôt un mois.

Il va donc sans dire qu’elle et Helmo Normandy n’auraient pu trouver chemin plus sûr pour rejoindre leur destination. D’autant qu’il leur fallait absolument éviter les patrouilles, françaises et ennemies, et points de contrôle routiers.

Pour ce qui était des gendarmes locaux, à la solde de l’armée d’occupation, ils géraient la zone frontalière avec plus ou moins de zèle, selon l’heure de la journée, les plantons de service, et le temps qu’il faisait, entre autres paramètres. Seule, elle n’avait aucun mal à se déplacer librement dans les environs. Elle était la fille du Grand. L’illustre jardinier et horticulteur connu et reconnu de tout un chacun, depuis des temps immémoriaux. Quarante ans qu’il semait, plantait, retournait la terre, bouturait, récoltait dans son jardin et ceux qu’on lui confiait. Rares étaient les habitants, gendarmes compris, bien entendu, qui n’avaient jamais fait appel à ses conseils avisés, vu une de leur haie échapper à son sécateur, ou ne serait-ce que goûté un fruit ou un légume qu’il n’avait pas contribué à faire sortir de terre, dans toute la ville et ses environs. Point de pénurie alimentaire à craindre, dans le coin !

En cela, elle n’avait à répondre qu’à quelques questions de routine, et n’avait à consentir qu’à des fouilles succinctes des sacoches de sa moto et de ses éventuels bagages.

Tout se faisait le plus cordialement du monde.

« C’est qui ?

– C’est la fille du Grand.

– Ah !! Vous passerez le bonjour à votre papa ! »

Ce à quoi elle ne manquait jamais.

Pour ce qui était des patrouilles ennemies opérant en zone frontalière, c’était encore autre chose. Plus méfiants, plus vicieux, plus consciencieux. Elle ne leur avait jamais donné matière à la soupçonner de quoi que ce soit, mais ils sentaient bien qu’elle ne les portait pas dans son cœur. Pas plus que n’importe qui d’autre. Et qu’ils la terrorisaient, intérieurement. Que si elle venait à en trouver un agonisant dans un fossé au bord de la route, elle s’assurerait qu’il succombe à ses blessures avant d’appeler les secours.

Elle n’était pas française pour rien.

D’un autre côté, on ne les surnommait pas la Calamité pour rien.

Elle jeta un œil vers Helmo, marchant au milieu de la voie, qui lui racontait des épisodes de sa vie, sous le feu des questions qu’elle lui posait.

S’ils venaient à la choper en sa compagnie… Punaise de punaise, elle n’imaginait pas ce qu’il adviendrait d’elle. Encore moins de lui. Son héros, son idole, qui lui avait ratiboisé son potager lors du crash de son ballon deux jours plus tôt, sans que cela n’entame particulièrement l’admiration qu’elle avait pour lui, il fallait bien le dire. Cet homme avait sauvé des tas de gens en les faisant passer en zone libre. En apportant des messages, du matériel, des vivres, en zone occupée. Il minimisait son rôle de Résistant, mais elle voyait clair en lui ! Et eux, ils verraient clair aussi !

Sa tête n’était-elle pas mise à prix ?

Elle songea que même à un point de contrôle 100% français, à l’heure de l’apéro, par beau temps, les gendarmes les plus nostalgiques des pommes de terre, carottes, salades, poireaux et fraises du Grand, fondraient sur eux, les mettraient aux fers, les interrogeraient, et examineraient minutieusement le contenu de leurs besaces, de leurs poches, et du fond de leurs chaussettes, en attendant qu’un officier de l’armée d’occupation soit dépêché d’urgence sur les lieux.

Les gendarmes n’avaient d’autre choix que de travailler pour l’ennemi. Ils le faisaient malgré eux, afin d’assurer leur propre protection et subsistance, mais surtout celles de leur famille et de toute la population. S’ils manquaient à leurs devoirs, s’ils laissaient passer en zone libre un Résistant de la trempe de Normandy, et que cela venait à se savoir, ils ne s’exposaient pas eux-mêmes à la sanction. Non, la Calamité avait de cela ignominieux qu’en pareil cas elle se faisait un plaisir de s’en prendre à un membre de la famille, ou bien à un habitant pris au hasard dans les rues de la ville : pour l’exemple.

Coups de matraque, de pieds, emprisonnement, déportation dans un camp de l’autre côté de la frontière, ou dans un pays si lointain qu’il y poussait des cocotiers. La sentence dépendait plus largement de l’humeur du moment que de la faute commise. Ou prétendument commise.

Enfin bref : inutile d’exposer quiconque à la vindicte de la Calamité.

Elle l’écoutait, sentant bien que le sort réservé à son ballon, si jamais il venait à être découvert, semblait beaucoup plus turlupiner Normandy qu’une rencontre inopinée avec un escadron de la Calamité.

Au départ de la petite maison d’Olive, qui avait planqué un maximum d’objets de valeur (en tout cas chers à son cœur) au fond de son imprenable bunker, ils avaient décidé de déplacer ce qui restait du ballon plus loin dans la forêt. À l’abri des perquisitions qui s’effectuaient partout sur le territoire, y compris en zone libre, le plus anticonstitutionnellement du monde, sans que la parodie de gouvernement en place ne trouve quoi que ce soit à y redire.

La nacelle et son contenu était donc à l’abri dans un creux naturel, recouvert de l’enveloppe déchirée, elle-même recouverte de branchages, de fougères et de feuilles mortes.

À l’abri des Calamiteux, des collabos, mais pas de la corrosion, certes. Depuis leur départ, elle ne parvenait pas à rassurer le pilote du ballon sur ce point. Les seuls moyens de le détourner ses sombres pensées étaient soit de le faire manger, soit de le faire parler. Et encore. Il y songeait entre deux bouchées de ce délicieux cake aux asperges et noix qu’elle avait apporté « pour la route », ou entre deux évocations de son passé.

« Mon père, lui racontait-il à présent, est un Irlandais, qui souffre de veisalgie chronique.

– Qu’est-ce que cela ? »

Elle le vit sourire vaguement.

« Est-ce grave ? se permit-elle d’insister.

– Cela se soigne très bien, répondit-il. Mais uniquement par la force de la volonté : le pauvre vieux en manque cruellement.

– Vous devez donc tenir cette qualité de votre mère ? 

– Ma chère maman. Tout ce dont je suis sûr, c’est que je lui dois un goût prononcé pour tout ce qui ne touche pas terre ! »

Elle grimaça un sourire, navrée de le renvoyer à ses craintes, concernant son aéronef.

Il dut s’en rendre compte car il reprit, plus légèrement :

« Vous êtes bien agréable de me placer en si haute estime, alors que nous avons à peine commencé à faire connaissance. 

– Modeste, avec cela. »

Il fit un geste de la main, l’air de dire « trop c’est trop, je n’en mérite pas tant ».

Silencieusement, ils s’avancèrent encore d’une centaine de mètres sur la voie ferrée. Rien ne perturbait le calme environnant, agrémenté du gazouillis de quelques oiseaux, et des bruissements du vent dans le feuillage au-dessus de leurs têtes. Jusqu’à ce qu’Olive perçoive un mouvement de son côté, dans les replis épais de la forêt. Elle émit un petit bruit de panique, se précipita sur Normandy pour l’entraîner à l’opposée, dans les fourrés en contre-bas de la voie.

« La Calam… ! »

Le choc fut rude. Arrêtée net, elle rebondit sur lui avant de tomber à la renverse, trébuchant sur le rail, manquant de peu dégringoler dans le fossé.

Elle ouvrit les yeux, reprenant ses esprits. Le grand Helmo n’avait pas bougé d’un centimètre. Debout entre les rails, il l’observa, affalée sur les gravillons parsemés de touffes d’herbe sauvage, se demandant quelle mouche l’avait piquée pour lui rentrer dedans ainsi. Reprenant lui-même ses esprits, il s’approcha d’elle et lui tendit la main, l’aidant à se relever.

« J’ai cru apercevoir… » marmonna-t-elle.

Elle se tourna en direction du mouvement perçu dans la forêt, mais plus rien ne semblait bouger. S’il s’agissait d’un animal, il avait dû détaler vite fait.

« C’est un des espions mécaniques de Raoul, lui glissa Helmo à l’oreille.  

– Oh oui, bien sûr ! » fit-elle.

Le dos tourné, elle s’épousseta, se rappelant qu’il lui avait parlé des machines de ce mystérieux Raoul, son complice Résistant. Elle n’avait jamais entendu parler de cet individu, alors qu’ils étaient pratiquement voisins. Cinq kilomètres et demi séparaient leurs maisons. Enfin la maisonnette d’Olive et la forteresse de Raoul. À vol d’oiseau. Tout cela lui paraissait relativement étrange, voire inquiétant.

Elle se redressa, refit face à Helmo, dont elle croisa le sourire.

« Oh non, ne faites pas ça, lui dit-elle.

– Quoi ? s’étonna-t-il.

– Ça, répéta-t-elle en agitant son doigt en l’air, en direction de son visage.

– Voyons… Je ne me fiche pas de vous !

– Billevesées.  

– Je vous assure ! Je vous trouve seulement… parfaitement… »

Elle le fixa d’un regard perçant, ce qui eut pour effet de lui couper la parole, dans un haussement d’épaules. Sans que son sourire ne disparaisse complètement de son visage, il lui passa devant, dégringola le bas-côté, traversa les fourrés et s’enfonça dans la forêt. Elle resta seule, droite comme un piquet, le menton haut, un quart de seconde, avant de le suivre.

« Parfaitement quoi ? »

 

 

à suivre...

--> Chien Enragé

 

____________________________

 

*Notes :

Veisalgie : nom pseudo-scientifique de la « gueule de bois »

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